![]() 1938 Jeunesse (jugend) de Veit Harlan avec Werner Hinz, Eugen Klöpfer, Ernst Behmer & Elisabeth Flickenschildt | ![]() 1942 La ville dorée (die goldene stadt) de Veit Harlan avec Paul Klinger, Eugen Klöpfer, Kurt Meisel & Annie Rosar | ![]() 1943 Le lac aux chimères (immensee) de Veit Harlan avec Carl Raddatz, Paul Klinger & Otto Gebühr | ![]() 1962 Prisonnière du Maharadjah (die gefangene des Maharadscha) de Veit Harlan avec Willy Birgel | ||
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Avec ses tresses blondes, son regard clair et son air de bonne santé, Kristina Söderbaum, née le 5 septembre 1912 en Suède, est, pour Goebbels, l’incarnation même de la «pureté aryenne». Et cette image d’icône du cinéma nazi est encore renforcée par la participation de l’actrice au tristement célèbre «Le juif Süss» (1940), qui servait de leçon de choses antisémite aux soldats de la Wehrmacht. Kristina Söderbaum tourne ce film sous la direction de son mari, Veit Harlan, dont elle est l’égérie. Cinéaste officiel du régime, celui-ci fait jouer sa femme dans la plupart de ses films.
Certains sont aussi des œuvres de propagande, même si le trait est moins appuyé que pour «Le juif Süss». Ils font surtout vibrer la fibre patriotique et célèbrent le «Reich de mille ans» annoncé par Hitler. C’est le cas d’un film de 1941, «Le grand Roi», une évocation de la grande figure de Frédéric II de Prusse et de son courage face à ses ennemis. Dans ce film à la gloire d’une Allemagne résiliente et finalement victorieuse, l’actrice incarne une saine campagnarde, qui s’éprend d’un militaire prussien. Quant à «Kolberg» (1944), c’est une véritable superproduction en couleurs, tournée avec des moyens considérables. Cette fresque épique, qui raconte la résistance acharnée d’une ville assiégée par les soldats de Napoléon, en 1813, doit galvaniser le courage et l’énergie d’une nation exsangue. Ces œuvres de propagande pouvaient hélas porter, car, loin d’être des pensums indigestes, c’est des films de qualité. «Kolberg» ne manque ni de souffle ni d’ampleur. Certains plans, comme celui montrant une rue de la cité remplie, peu à peu, par le cortège des habitants, défilant en rangs serrés, ont beaucoup de force.
Cependant, Veit Harlan ne tourne pas seulement des films à la gloire de son pays. Il dirige aussi Kristina Söderbaum dans des films romantiques, où s’affirment son sens de la nature et de la composition des images. Ainsi, dans «Le voyage à Tilsit» (1939), elle campe une citadine sophistiquée, qui tombe amoureuse d’un campagnard, Philip Dorn. «La ville dorée» (1942) met en scène le schéma inverse: l’actrice y joue une fermière fascinée par Prague, la «ville dorée» du titre. Quant à «L’offrande au bien-aimé» (1944), c’est un pur mélodrame, où un homme mal marié, Carl Raddatz, embellit de sa présence les derniers jours de sa maîtresse agonisante, incarnée par Kristina Söderbaum. Comme Veit Harlan, acquitté par deux fois, après la guerre, Kristina Söderbaum peut, après quelques années d’interdiction de tourner, reprendre sa carrière au début des années 50. Comme avant le conflit, elle ne tourne quasiment qu’avec son mari. Loin de la propagande, c’est un cinéma plus léger, qui lorgne vers l’aventure exotique, avec «Le tigre de Colombo» (1953) et «Prisonnière du maharadjah» (1953), où elle campe une improbable princesse nordique convertie en artiste de cirque et kidnappée par un potentat hindou concupiscent.
Poursuivant sa carrière jusqu’au début des années 90, l’actrice alterne les comédies, comme «L’heure bleue» (1952), un marivaudage sur le mariage, les films d’espionnage, comme «L’espion de Tokyo» (1954), toujours sous la direction de son mari, ou encore les biopics, avec un film de Hans-Jurgen Syberberg (une fois n’est pas coutume !) «Karl May à la recherche du paradis perdu» (1973), consacré au célèbre auteur des aventures de l’Indien Winnetou. À la fin des années 60, l’actrice se tourne vers la photo de mode et écrit ses mémoires. Kristina Söderbaum s’éteint le 2 février 2001, à Hitzacker, en Allemagne.
© Jean-Pascal LHARDY

1934 | CM Hur behandlar du din hund ? – de Arne Bornebusch avec Sandstedt |
1936 | Oncle Bräsig ( onkel Bräsig ) de Erich Waschneck avec Otto Wernicke |
1938 | Jeunesse ( jugend ) de Veit Harlan
avec Werner Hinz
Sans laisser de traces ( verwehte spuren ) de Veit Harlan avec Fritz van Dongen Cœur immortel ( das unsterbliche herz ) de Veit Harlan avec Paul Wegener |
1939 | Le voyage à Tilsit ( die reise nach Tilsit ) de Veit Harlan avec Albert Florath |
1940 | Le juif Süss ( jud Süß ) de Veit Harlan avec Ferdinand Marian |
1941 | Le grand roi ( der große könig ) de Veit Harlan avec Gustav Fröhlich |
1942 | La ville dorée ( die goldene stadt ) de Veit Harlan
avec Paul Klinger
Coupe Volpi de la meilleure actrice au festival du cinéma de Venise, Italie |
1943 | Le lac aux chimères ( immensee ) de Veit Harlan avec Carl Raddatz |
1944 | Offrande au bien-aimé ( opfergang ) de Veit Harlan
avec Irene von Meyendorff
La citadelle des héros ( Kolberg / 30. Januar 1945 ) de Veit Harlan avec Heinrich George |
1950 | L’éternelle amoureuse / Cœurs constants ( unterbliche geliebte ) de Veit Harlan avec Hans Holt |
1951 | Hanna Hamon – de Veit Harlan avec Lutz Moik |
1952 | L’heure bleue ( die blaue stunde / feuerprobe der liebe ) de Veit Harlan avec Hans Nielsen |
1953 | Le tigre de Colombo / L’étoile de Colombo ( sterne über Colombo ) de Veit Harlan
avec Adrian Hoven
+ production Prisonnière du Maharadjah ( die gefangene des Maharadscha ) de Veit Harlan avec Theodor Loos + production |
1954 | L’espion de Tokyo / L’homme de Tokyo ( verrat an Deutschland / der fall Dr. Sorge ) de Veit Harlan avec Paul Müller |
1958 | Mélodie du souvenir ( zwei herzen im mai ) de Géza von Bolváry
avec Dieter Borsche
La clé du passé ( ich werde dich auf händen tragen ) de Veit Harlan avec Barbara Haller |
1962 | La prisonnière du Maharadjah / La femme blonde du Maharajah ( die blonde frau des Maharadscha ) de Veit Harlan avec Willy Birgel |
1973 | Karl May, à la recherche du paradis perdu ( Karl May ) de Hans-Jürgen Syberberg avec Lil Dagover |
1988 | Let’s go crazy – de Giorgio Cristallini avec Sonja Tuchmann |
1991 | Das bleibt das kommt nie wieder – de ? avec Heinz Rühmann |
1992 | Train de nuit pour Venise ( night train to Venice / train to hell ) de Carlo U. Quinterio avec Hugh Grant |